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Croire à notre intuition ou pas ?

Dialogue entre Michel Casenave et Hélène Fresnel (Psychologies)
Pour Michel Cazenave, philosophe, écrivain et spécialiste de Jung, l’intuition donne accès à la vérité des êtres et des choses. Mais s’y fier demande un minimum de précautions et implique un certain état d’esprit.
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Psychologies : Comment pourrait-on définir l’intuition ?
Michel Cazenave : Ce mot vient du latin intueri, qui signifie « regarder ». L’intuition est très proche de ce que les Anglais nomment l’insight. C’est la manière dont nous voyons directement le coeur d’une chose, d’une personne ou d’un événement. Elle suppose que nous voyons la vérité de l’autre, celui qui est en face de nous ou de la situation dans laquelle nous sommes. Elle a sans doute à voir avec la prémonition. Toute la question est de savoir si nos visions sont justes ou pas. Nous pouvons avoir une certitude intérieure et nous apercevoir ensuite que nous nous sommes trompés. Mais je ne connais aucun moyen de décoder sur le moment si nous sommes dans le vrai. C’est ce qui est très difficile avec toutes les fonctions irrationnelles : nous n’avons aucune garantie. C’est pour cette raison que le concept d’intuition est, à mon avis, à manier avec énormément de prudence. Combien de gens ai-je vu commettre de graves erreurs à cause d’intuitions « profondes » ? Ils se sont fait confiance alors qu’ils se trompaient. Ils se conduisaient de manière désaccordée avec ce qui leur était demandé.
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Existe-t-il des personnalités plus intuitives que d’autres ?
Michel Cazenave : Oui. Je suis d’accord avec Carl Gustav Jung là-dessus. Il avait établi une typologie de profils psychologiques, avec notamment ceux qui sont dotés d’une structure intuitive. Il existe des individus qui ont cette capacité visionnaire, spéculative. Tout comme d’autres sont plutôt dans le registre de la sensation, c’est-à-dire capables de parfaitement percevoir leur environnement immédiat à l’instant T. D’autres encore auront un profil plutôt orienté vers la pensée, la réflexion, l’analyse, l’organisation. Si nous ne sommes pas dotés de cette dominante intuition, nous n’aurons jamais l’aptitude de ceux qui sont nés avec. Mais la plupart des individus intuitifs ne le découvrent jamais, ou tardivement. Et cela n’exclut pas les erreurs.
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Si nos fausses visions ne sont pas forcément liées à notre tempérament, alors quelles sont les raisons pour lesquelles nous nous trompons ?
Michel Cazenave : Nous nous trompons souvent parce que nous projetons nos angoisses, nos désirs sur les autres, les choses, les situations. Nous voyons les autres non pas tels qu’ils sont, mais tels que nous ne voulons pas nous voir. Combien de fois les gens prennent-ils pour une intuition ce qui n’est que leur manière de regarder ? Ils croient voir la vérité d’une situation ou d’un être, alors qu’en fait ils ne voient qu’eux-mêmes ! Ils sont victimes d’une inflation du moi. L’erreur que sous-tend la fausse intuition est la suivante : nous pensons tout comprendre, tout savoir, alors que nous sommes juste dans l’illusion, dans l’obsession de la maîtrise, du contrôle de l’autre, des événements… Notre environnement ne nous aide pas. Nous évoluons dans une société de l’idéologie du moi qui nous propose d’être bien avec nous-mêmes, en évacuant complètement nos questionnements spirituels, le fait que nous soyons traversés par des choses qui nous dépassent et nous définissent. Or, l’intuition relève précisément de cela, de notre capacité à allerregarder au-delà des apparences.

L’intuition implique-t-elle un certain état d’esprit ?
Michel Cazenave : Tout à fait, cela suppose une espèce de champ d’inconscient commun avec le monde qui nous entoure ou la personne qui nous fait face. Et, pour le ressentir, il faut se mettre en position de recevoir, d’accueillir plutôt que de tenter de prendre le pouvoir. Cela suppose un dépassement du moi. Ce qui est impossible si le moi n’est pas construit ou est hypertrophié. Il faut renoncer à imposer sa vision des choses, renoncer à la toute-puissance du sujet. C’est extrêmement difficile, car il s’agit d’être capable de faire silence dans sa propre intériorité. L’intuition repose sur ce fond, sur ce calme. Comment être réceptif si nous n’avons pas su faire taire toutes les petites voix intérieures qui nous susurrent constamment à l’oreille : « Tu n’es pas un bon fils », « Ton père ne t’aime pas », etc. ?
Peut-on développer son intuition sans être particulièrement doué ?
Michel Cazenave : Évidemment ! Tout être humain peut se transformer. Nous avons pu être éduqués dans un milieu où une structure de pensée qui ne nous correspondait pas nous a été imposée. À travers les aventures de la vie, il arrive ensuite que nous soyons amenés à une thérapie intérieure qui va nous permettre de découvrir qui nous sommes réellement, de dépasser ce que nous sommes et de regarder au-delà. Pas besoin de psychanalyse pour cela. Nous pouvons tout à fait y parvenir seul. N’arrivions-nous pas à régler nos problèmes avant la naissance de la psychanalyse ? Mais cela passe souvent par la traversée de crises. Elles ont un sens. La question est : sommes-nous capables de nous y confronter ou pas ? Elles sont là pour nous dire : « Il faut que tu te regardes et que tu regardes l’accord que tu as avec le monde. »
Est-ce ce rapport au monde et aux autres qui est au coeur de l’intuition ?
Michel Caznave : Sûrement. Je pense, comme Jung, que notre personnalité véritable n’est pas réductible à notre moi. Mais il faut d’abord avoir réglé cette question. Ensuite, nous pouvons essayer de travailler notre ouverture vers l’extérieur : arrêter d’être enfermé sur soi-même, se mettre réellement à l’écoute des autres, des informations que nous transmettent les situations, et agir en conséquence. Le premier élément à admettre est celui-ci : les choses ne nous appartiennent pas ; nous ne les dominons pas. Je sais, c’est difficile et complètement à contre-courant du discours contemporain, qui prescrit l’action du sujet. Mais, moi, je préconise l’apprentissage d’une forme de capacité de réception devant le monde ! Car être intuitif consiste à recevoir et à accueillir ce qui émane d’une personne, d’une chose, tout en prenant en compte le contexte. Comme en amour, il s’agit d’arrêter de tout ramener à soi, d’accueillir la différence et l’étrangeté profonde de l’autre. Nous sommes à la fois touchés et mis en mouvement. Nous regardons le cœur de quelqu’un, d’une situation, et nous nous déplaçons vers lui. C’est un mélange de passivité et d’action.

Être passif et agir : ce sont deux actions antagonistes…
Michel Cazenave : Pourtant, les deux vont de pair. Ce sont des mouvements différents et, en même temps, nous apprenons à les tenir ensemble, à créer une dynamique. C’est de la physique élémentaire : une force se crée à partir de l’opposition de deux autres. À mon avis, nous sommes quasiment sûrs de nous tromper si nous donnons la priorité à l’une sur l’autre. Le principe d’unité se dégage à partir de la conjonction des opposés. C’est aussi pour cette raison que je recommande de passer nos intuitions au crible de la raison, de lier rationalité et irrationnel. Je déteste ce credo actuel : « Faisons confiance à notre intuition. » C’est un peu comme : « Faisons confiance à nos émotions ! » Le SS qui allait jouer du violon le soir dans la forêt après avoir commis ses exactions dans la journée ressentait des émotions ! Il n’y a pas d’irrationnel sans rationnel. Il faut se demander : « Mon intuition répond-elle, fait-elle écho à mes connaissances ? » La faire dialoguer avec la pensée,c’est fondamental, et cela peut éviter les catastrophes !

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